Spécial Bicentenaire Napoléon: la France et l’Italie

“La France et l’Italie: et si Napoléon avait construit une relation spéciale?” réalisé par Mr Emmanuel Gerlin pour la Società Italiana Aviazione Civile.

Locandina 200° Napoleone

Il y a 200 ans s’éteignait, en même temps que l’Empereur des Français, celui qui fut Roi d’Italie…
A l’approche du bicentenaire de la mort de l’Empereur Napoléon, la France est entrée dans l’une des controverses dont elle a le secret, considérant le pour et le contre de la célébration de l’un des personnages les plus emblématiques de l’histoire de l’Hexagone, le plus fervent défenseur des idéaux révolutionnaires pour les uns, l’homme du rétablissement de l’esclavage pour les autres. Un débat qui semble nettement plus tranché dans le reste de l’Europe: conquérant étranger, Napoléon était par nature mauvais. Vu d’Italie, pourtant, il nous apparait qu’étudier plus objectivement le bilan de celui qui se couronna Roi d’Italie pourra remettre bien des choses en perspective. Le statut de l’Italie napoléonienne, en effet, n’était-il pas plus enviable, voire prometteur, que celui qu’on lui imposa lors du Congrès de Vienne?

Des imaginaires qui avaient tout pour s’entendre
Ouvrons notre réflexion sur un aspect immatériel, celui de la «perception». L’on sous-estime en effet trop, dans les études relatives à la jeunesse de Napoléon, que l’on croit concentré sur les ouvrages de stratégie militaire, à quel point celui-ci, dont les origines était finalement presque italiennes (l’Aigle naquit en Corse, un an seulement après son achat par la France) s’intéressa à l’Italie, et en particulier à son passé.Bonaparte est un grand lecteur de Voltaire: il en retient que le progrès est démontré par l’histoire, et que l’Italie avait doublement affiché sa légitimité comme société parfaite de référence, ayant fait naître la civilisation européenne pendant l’Antiquité, l’ayant réveillé au terme du Moyen Age.
Les Italiens, pour Napoléon comme pour une certaine élite cultivée, vivant sur le territoire où était née la Renaissance et descendant des Romains, étaient donc les héritiers d’une civilisation admirée.
Il n’est pas surprenant, par conséquent, que le jeune général Bonaparte ait accordé une telle importance à la mission qui lui fut dévolue en 1796, et ce alors même que ses troupes étaient principalement chargées de faire diversion, tandis que le reste de l’armée du Directoire marcherait sur Vienne par l’Allemagne. Sa traversée véritablement «hannibalienne» des Alpes et la succession de victoires lors de la Campagne d’Italie donneront un avant-goût alors inattendu de ses qualités, alors que Bonaparte est encore un représentant de la Ière République, et non une tête couronnée. Son action détermine largement la mise en place de Républiques sœurs dans les dernières années du XVIIIème siècle, liant de ce fait leur destin à celui de la France et partageant l’innovation démocratique portée par le voisin transalpin.
C’est alors que l’Italie commence à suivre le modèle français que s’affirme un véritable intérêt des patriotes italiens pour la France. Honnie des têtes couronnées qui se partageaient l’Italie, celle-ci ne peut qu’apparaitre libératrice pour les intellectuels qui dénonçaient l’absolutisme pratiqué à Naples ou ailleurs. Ceux-ci vont idéaliser la France et son général au-delà même du réel, comme étant présents pour combattre uniquement les tyrans et non les peuples et, finalement, amener la liberté au monde.
Il n’est, par conséquent, de réciprocité plus forte dans l’admiration et le respect, au cours de l’histoire de la période révolutionnaire, qu’entre la France napoléonienne et l’Italie. Une communauté de destin est déjà amorcée.

Les têtes couronnées, véritables adversaires
Est-ce surprenant? Soucieuses de leur trône, aucune des têtes couronnées des multiples royaumes italiens ne verra d’un bon œil ce qui se passe en France. Ce qui doit nous intéresser davantage, et que l’histoire italienne doit bien marteler, c’est que ces souverains ne se contentent pas de condamner ce qui se passe en France mais en font également payer les conséquences à leurs peuples par un retour en arrière presque caricatural. Alors que des manifestations sporadiques éclatent en Italie, la Toscane revient sur la liberté de commerce des grains et rétablit la peine de mort, le Royaume de Naples se lance dans une répression féroce, et les jansénistes et francs-maçons se trouvent persécutés.
Evidemment, ces répressions, si elles achèvent à nos yeux de délégitimer les monarques absolus qui régnaient sur l’Italie, n’en arrêtent pas moins les protestations. Les révoltes sont de plus en plus fréquentes et organisées et l’espoir est grand quant à la perspective d’un soutien français à la recherche de liberté qui s’exprime.
Que reprocher, dans un tel contexte, au général Bonaparte durant la première campagne d’Italie, ou durant la seconde, lorsque celui-ci est devenu Premier Consul? Dans les deux cas, la couronne autrichienne est chassée et les républiques fleurissent de ce côté des Alpes. Mais certainement pas contre la volonté des Italiens.
Ne nous y trompons pas: c’est bien l’Autrichien Metternich qui déclara après la fin des guerres napoléoniennes que l’Italie n’était qu’une «expression géographique»… justifiant ainsi aux gouvernements les plus archaïques de se réinstaller comme si rien ne s’était passé. Provoquant le retour des révoltes, comme nous le verrons plus loin.

Le Roi d’Italie, un modernisateur… et un unificateur?
Une longue visite de deux mois dans le Piémont, alors français, en 1805, et un tour de son Royaume d’Italie deux ans plus tard pendant une période similaire. Cela peut apparaître comme un certain désintérêt d’un roi envers son royaume. Pour le Roi d’Italie Napoléon, cependant, cela n’est pas rien: rappelons tout d’abord que l’Empereur était plus souvent en guerre aux confins de l’Europe qu’à Paris et qu’il ne vit son propre fils qu’extrêmement peu.
Ces considérations évoquées, le verre peut aussi être considéré comme (au moins) à moitié plein. C’est par respect pour l’histoire de la ville de Rome que celle-ci devient la seconde capitale de l’Empire dès son annexion en 1810. Quant à l’emprisonnement du Pape, principal fait d’armes reconnu de l’Empereur dans sa politique romaine, il masque en réalité des initiatives archéologiques dans la Vieille Ville.
Plus généralement, c’est de modernité qu’il est question lorsque l’Italie passe sous domination française: la structure administrative est simplifiée, tout d’abord, à l’instar de celle qu’avait connu la France un peu plus tôt, en départements, districts et communes. Sur le plan du droit, le Code civil est mis en place, de même que le Code pénal et le Code commercial qui avaient déjà eu un rôle tellement modernisateur en France. De grands travaux sont entrepris, notamment de routes et de ponts pour mieux relier les principales villes et régions italiennes entre elles.
Nous voudrions en particulier insister sur un point. Si Napoléon n’affiche pas un franc intérêt pour l’unité italienne, le système qu’il met en place pour l’administration de l’Italie semble avoir été conçu pour mener la péninsule au Risorgimento. Sur le plan économique, toujours le premier à s’uniformiser, les barrières douanières sont supprimées dans toute la péninsule et les tarifs uniformisés, de même que les monnaies et les unités de mesure.

Perte de temps pour l’unité italienne, ou origines du Risorgimento?
Comprenant par avance l’apport que la puissance napoléonienne pouvait avoir sur le développement de la nation italienne, les patriotes italiens s’adressent à lui dès le «trienno» pour évoquer la perspective d’une unification de l’Italie. Le fait qu’un homme aussi cultivé que le général Bonaparte n’ait pas donné suite a amené l’historiographie italienne à faire de lui un individu insensible à cette question. Il convient de replacer les choses dans leur contexte.
Si un sentiment national s’exprime bien dans les arts et les milieux intellectuels, elle ne dépasse guère une petite élite dans la plupart des pays européens. Sous Napoléon, l’on peut dire que de toute l’Europe occidentale, seuls les citoyens français et les sujets britanniques, forts sans doute de l’histoire déjà populaire qui s’est écrite, ont acquis ce rapport à la nation; un tel sentiment n’existe pas plus chez les Italiens que chez les Allemands, trop longtemps divisés, et Napoléon le sait. Évoquer un nom d’état ancien peut ainsi, selon ses conseillers, amener à faire revenir ses anciens dirigeants, au moins tant qu’ils en représenteront la seule référence.
Le caractère anti-français de l’historiographie italienne concernant cette époque a été grandement construit, en fait, avant le début et pendant la Seconde Guerre mondiale. S’est développée l’idée que l’Italie avait résisté, comme ailleurs en Europe, à un occupant étranger opposé au Risorgimento, comme alors expliquer qu’aucune insurrection contre la France n’ait éclaté en Italie lors de la débâcle française, comme ce fut le cas à Madrid ou à Amsterdam?
C’est davantage quelques années après les Restaurations monarchiques que la situation va se tendre en Italie: les révoltes qui éclatent à partir de 1820 doivent être considérées comme un double marqueur, d’une demande peut être croissante, sinon d’unité, plus vraisemblablement de justice sociale et de libertés politiques; il serait certainement exagéré d’imaginer que les Français, leur sentiment de supériorité et leur conscription, manquent aux Italiens; mais tout, notamment dans les dynamiques de modernisation et d’unification, n’était peut être pas à jeter.
A commencer par l’idée toute simple, à notre sens, que la réforme n’était pas un vain mot et que les oppressions de type Ancien Régime n’avaient rien d’une fatalité; mais aussi, des considérations philosophiques plus larges, y compris relatives à l’identité de la péninsule italienne, finalement plus forte que la mosaïque de royaumes qui étaient posés dessus.

05 Mai 2021

Documentation téléchargeable:

● Article français et italien format pdf: "La France et l’Italie: et si Napoléon avait construit une relation spéciale?"

Napoleon

%d blogger hanno fatto clic su Mi Piace per questo:
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close